Zino Francescatti

L'archet de lumière

 


Zino et sa mère, Ernesta

Né à Marseille, le 9 Août 1902, Zino Francescatti a eu une enfance heureuse passée tout en haut de la rue dragon, avec les jeux de son âge, mais aussi les longues heures à écouter ses parents jouer du violon. C’est auprès de sa mère, professeur remarquable et de son père violon solo des Concerts Classiques de Marseille et ancien élève de Bazzini et Sivori (unique disciple de Paganini) qu’il apprend les premiers rudiments musicaux. Grâce à cet enseignement intense et souvent sévère le jeune Zino exprime très vite son talent, en se produisant à la salle Prat de Marseille dans le concerto de Beethoven dès l’âge de 10 ans. L’organiste Marcel Dupré, avec qui il partage l’affiche dit à ses parents : «C’est un violoniste né, il fait partie de la race des grands ! » Ne participant à aucun concours, il continue à travailler dans un relatif anonymat jusqu’en 1925 et joue à Paris au Palais Garnier le 1er concerto de Paganini qui allait devenir l’un des fleurons de son répertoire. Jacques Thibaut l’entend alors et encourage vivement sa carrière. Enchanté par la musique de Debussy et Ravel, il effectuera en 1926 une tournée de quinze concerts en Grande-Bretagne accompagné au piano par Maurice Ravel où il interprètera le fameux « Tzigane » A ce sujet Zino Francescatti racontait qu’à l’occasion d’une soirée, Maurice Ravel était arrivé furieux avec une demie-heure de retard. Ce n’était pas la musique qui le préoccupait mais sa cravate qu’il avait vainement essayé d’assortir à son costume pendant tout ce temps !

En 1927 Zino Francescatti entre dans l’orchestre de Walter Straham puis par la suite en 1928 dans celui de Gaston Poulet où il fit la connaissance d’une ravissante et remarquable violoniste, Yolande Potel de la Brière, qui devint son épouse en 1930. Yolande Francescatti commence alors avec lui une formidable aventure qui fut aussi une merveilleuse histoire d’amour (61 ans de vie commune) de deux musiciens hors du commun. Yolande aurait pu continuer sa voie, car elle avait aussi beaucoup de talent, mais elle a choisi de sacrifier sa carrière pour celle de son mari. Fabuleux interprète du répertoire romantique (certains de ses enregistrements font toujours référence auprès des mélomanes) Zino Francescatti est invité à se produire dans les plus grandes salles Européennes, il va de récital en récital lorsque l’Amérique le réclame à son tour. Trois fois il se récuse, puis accepte une tournée en Amérique du Sud. Au théâtre Colon de Buenos-Aires en 1938 dans le concerto n°1 de Paganini, il connaît un tel triomphe que la police doit l’escorter à la sortie de chacun de ses concerts pour le protéger de ses admirateurs. De retour en France en 1939, il reprend ses tournées en Europe. Néanmoins la célèbre firme Columbia confie à Monsieur Arthur Judson, l’un des brillants managers qui régnait sur la vie musicale américaine, d’organiser pour le virtuose Français une importante tournée aux Etats-Unis. Planifiée en novembre 1939, cette première tournée coïncide avec l’entrée en guerre de la France aux côtés de la Grande-Bretagne. Toutes les liaisons à destination des Etats-Unis sont interrompues. Afin d’honorer ses engagements, Zino quitte Paris en octobre 1939 à destination de la Hollande, seul pays à maintenir des liaisons avec le nouveau monde. Arrivée à New-York, Zino débute sa tournée de concerts. Lors des récitals à Nashville, St Louis et Charleston, les commentaires unanimes s’enthousiasment pour le virtuose Français.

Lorsqu’on lit les premières critiques des débuts américains, on perçoit très clairement la spécificité de son jeu : « Technique éblouissante, agrémentée, d’une sonorité lumineuse et unique que tous ses contemporains chercheront à imiter », (citation d’Henryk Szeryng, lors d’un concert à Marseille.) Nouveaux récitals, nouveaux triomphes. Immédiatement réengagé, Zino n’éprouve aucune difficulté à amadouer un public exigeant et chaleureux. Vite établie, sa réputation pousse de nombreuses villes à se porter candidates auprès de la Columbia pour une autre tournée. Reconnu définitivement non seulement comme le plus grand violoniste Français, mais aussi comme l’un des plus éminents violonistes du monde, il croit suivre son destin en regagnant l’Europe en décembre 1939, sans pourtant réaliser que sa véritable partie musicale se trouve maintenant aux Etats-Unis où sont constitués les points d’appuis de sa future carrière. En ce début d’année 1940, l’Europe connaît l’effervescence typique des veilles de conflit. Ses engagements devenant de plus en plus nombreux, Zino parcourt l’Europe, mais peu à peu il se voit contraint d’annuler ses concerts, en Suède tout d’abord puis en Norvège récemment envahies par l’armée allemande. La plus grande confusion règne en Europe en 1940, mais à ce moment là, Zino voit arriver avec satisfaction l’invitation pour une seconde tournée aux Etats-Unis. Alors que les troupes allemandes marchent sur Paris, Zino décide de partir pour l’Amérique, mais les pays du nord, maintenant occupés n’assurent plus aucune liaison à destination de l’Amérique. Zino et Yolande tentent leur chance par le sud, et après avoir obtenu leurs visas de sortie ils repartent de Marseille pour l’Espagne puis pour le Portugal afin de pouvoir embarquer pour les USA. Là encore le destin jouera pour eux ! En effet avant de partir Yolande avait réservé les billets sans aucune possibilité d’avoir une cabine, mais la jeune dame de la compagnie export line, leur demande de prendre le manteau de vison de Madame Citriolo, épouse du


Zino avec Yolande, son épouse
Directeur de la compagnie maritime et de lui remettre à lisbonne. En échange de ce service une cabine leur sera attribuée pour ce long voyage ! Arrivé à New-York le 3 décembre 1940, Zino bénéficie du soutien du management concerts Arthur Judson de la Firme Columbia, afin d’entamer, la seconde partie de sa tournée. De San Francisco à Pasadena en traversant de nouveau le pays, il se produise à Washington puis Chicago, Louisville, Boston, Detroit etc…..où il alterne récitals et concerts.

Cheval de bataille des débuts américains, le concerto n°1 de Paganini dont l’interprétation reste unique, est de rigueur pour chaque nouvelle salle. En compagnie de son fidèle Stradivarius, Zino Francescatti parcourra tout les Etats-Unis et se produira avec les plus grands orchestres sous la Direction des chefs les plus prestigieux. Dans ses tournées mondiales avec son mari, Madame Francescatti nous raconta se souvenir des concerts en Israël, lorsque Zino jouait dix sept jours de suite pour contenter le public car la salle était trop petite. Il retourne en Israël en pleine guerre des six jours. On entendait le canon tonner. Zino demanda « que faites-vous ? » au chef d’orchestre, il s’entendit répondre : « Je reste » Alors je reste aussi répondit Zino et il resta à tel Aviv et à Jérusalem pour terminer sa tournée de concerts alors que la guerre faisait rage. Si Zino Francescatti donne les plus grandes oeuvres concertantes du répertoire, il aborde aussi la musique de chambre avec le même bonheur. Personne ne peut oublier le duo exceptionnel avec le pianiste Robert Casadesus, donnant des interprétations légendaires de Debussy, Ravel et surtout Beethoven. Puis le Maître espace de plus en plus ses prestations. C’est le 16 décembre 1975, qu’il donne son dernier concert à New-York avec le Philharmonique dirigé par Pierre Boulez, en présence de ses confrères et amis Isaac Stern, Igor Oistrakh, Itzhak Perlman, Pinchas Zukerman….

Il joue pour la dernière fois en France en 1976, puis se retire. « C’est inéluctable, disait il, je ne veux pas que mon public m’entende jouer mal, je ne me coupe pas de la musique mais de mon public. La musique pour moi, c’est un besoin, c’est la religion de l’amour. » « C’est aux Marseillais que je dois d’être musicien, depuis bientôt soixante ans, j’ai vu tous les coins du monde, mais c’est ici en Provence que je suis heureux de me retrouver, c’est ici que je veux vivre et mourir. » Zino Francescatti a été membre de jury, des principaux concours internationaux. Il fut élevé au grade de Commandeur de la Légion d’Honneur, Grand Officier dans l’Ordre National du Mérite, Commandeur des Arts et des lettres, Commandeurs de l’Ordre de Léopold de Belgique. En 1986, il céda son Stradivarius (le Hart 1727) à son confrère italien Salvatore Accardo. Il créa avec son épouse la même année une Association à double vocation : aider les jeunes artistes et faire découvrir les richesses musicales du violon au plus grand nombre. Zino Francescatti nous quitte le 16 septembre 1991, mais dans tous les coeurs Zino reste.

Sous l’impulsion de son Directeur artistique Roberto Greco, l’Association gère l’organisation de divers concerts en France et à l’étranger tout en s’attachant à promouvoir, a conseiller et aider des jeunes artistes. Véritable partenaire du milieu culturel, elle s’inscrit déjà, à l’image de Zino Francescatti comme une Ambassadrice Internationale. La personnalité du Maître s’exprime avec la même ferveur, passion, simplicité, chaleur et humilité.

Roberto GRECO